Mercredi 4 avril 2012 3 04 /04 /Avr /2012 11:57

Le 26 janvier dernier, François Hollande présentait son projet pour la France. Aujourd'hui, il partage avec vous les mesures qu'il fera adopter dès la première année du prochain quinquennat. Découvrez la feuille de route qui nous permettra de redresser notre pays.

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DU 6 MAI 2012 AU 29 JUIN 2012 (FIN DE LA SESSION ORDINAIRE DU PARLEMENT)

UNE AUTRE FAÇON DE PRÉSIDER ET DE GOUVERNER

1

Réduction de la rémunération du chef de l'Etat et des membres du Gouvernement de 30% - décret signé lors du premier Conseil des Ministres


2

Signature d'une charte de déontologie et publication des déclarations d'intérêt par les membres du Gouvernement et circulaire du Premier Ministre étendant ces exigences aux membres des cabinets et plafonnant leurs effectifs - lors du premier Conseil des Ministres


REDONNER DU POUVOIR D'ACHAT AUX FRANÇAIS ET AMÉLIORER LEUR VIE QUOTIDIENNE

1

Augmentation de l'allocation de rentrée scolaire de 25% - décret sur la base de l'article D543-1 du Code de sécurité sociale après consultation du conseil d'administration de la CNAF.


2

Blocage des prix des carburants pour 3 mois – décret sur la base de l’article L. 410-2 du code de commerce après consultation du Conseil national de la consommation


3

Caution solidaire mise en place pour permettre aux jeunes d'accéder à la location - décret pris après concertation avec les partenaires sociaux


4

Garantie pour l’épargne défiscalisée (livret A et livret d’épargne industrie, successeur du Livret de développement durable) d’une rémunération supérieure à l’inflation et doublement du plafond de ces livrets, pour mieux financer le logement social, le développement des PME et l’innovation


FAIRE ENTENDRE LA VOIX DE LA FRANCE DANS LE MONDE

1

Transmission à nos partenaires européens d’un mémorandum détaillé proposant un Pacte de responsabilité, de croissance et de gouvernance pour modifier et compléter le Traité de stabilité et réorienter la construction européenne vers la croissance – dès fin mai, en vue du Conseil européen des 28 et 29 juin


2

Annonce à nos partenaires au sein de l’OTAN du retrait de nos troupes d'Afghanistan d'ici fin 2012 - G8 à Camp David 18-19 mai puis Sommet de l'OTAN à Chicago, 20-21 mai


3

Abrogation de la circulaire Guéant sur les étudiants étrangers


COMBATTRE LES INJUSTICES

1

Droit de partir en retraite à 60 ans pour les personnes qui ont commencé à travailler à 18 ans et cotisé 41 annuités - décret sur la base de l'article L351-1-1 du Code de la sécurité sociale après consultation du conseil d'administration de la CNAV


2

Fixation d'un éventail maximal de 1 à 20 pour les rémunérations dans les entreprises publiques - décret fin mai


3

Circulaire sur la lutte contre les « délits de faciès » lors des contrôles d’identité


UNE GESTION RESPONSABLE DE L’ETAT

1

Dans l'attente de la publication par la Cour des comptes du Rapport sur la situation et les perspectives des finances publiques (publication au cours de la semaine du 24 juin), gel conservatoire d'une partie des dépenses


2

Arrêt de la RGPP et lancement du Projet de refondation et de modernisation de l’action publique (première étape : établissement par chaque ministre avant fin septembre 2012 d'un projet pluriannuel de modernisation et de simplification des services et des opérateurs sous sa tutelle)


 

DU 3 JUILLET AU 2 AOÛT 2012 (SESSION EXTRAORDINAIRE DU PARLEMENT)

REDRESSER LE PAYS DANS LA JUSTICE

1

Présentation au Parlement du programme de stabilité (avant transmission à Bruxelles) et du projet de loi de programmation pluriannuelle des finances publiques, fixant la trajectoire de retour à l'équilibre budgétaire en 2017


2

Réforme fiscale dans le cadre d’une loi de finances rectificative : plafonnement et suppression de niches fiscales, modulation de l’impôt sur les sociétés au bénéfice des PME et des entreprises qui réinvestissent leurs bénéfices, surtaxe sur les banques et les sociétés pétrolières, retour au barème de l'ISF, suppression de l'exonération sur les grosses successions, taxation des revenus du travail comme ceux du capital, tranche d'imposition à 75% au dessus de 1 million d'euros


3

Suppression de la « TVA Sarkozy » dans le cadre d’une loi de financement de la sécurité sociale rectificative.


REMETTRE LA FINANCE AU SERVICE DE L'ÉCONOMIE RÉELLE

1

Loi d'assainissement des activités bancaires : séparation des activités de dépôt et des activités spéculatives, lutte contre les produits toxiques et les paradis fiscaux


S'APPUYER SUR LES PARTENAIRES SOCIAUX ET LA SOCIÉTÉ CIVILE POUR RETROUVER LE CHEMIN DE LA CROISSANCE DURABLE ET DE L'EMPLOI

1

Lancement des principaux chantiers sociaux du quinquennat lors de la Conférence nationale pour la croissance et l’emploi de mi-juillet : politique de l’emploi et de la formation (priorités : emploi des jeunes et des seniors, encadrement des licenciements boursiers, sécurisation des parcours, lutte contre la précarité, égalité salariale et professionnelle), qualité de vie au travail, pouvoir d’achat et politique salariale, sécurisation des retraites.


2

Lancement du Débat national sur la transition énergétique préalable à la loi de programmation : préservation des ressources naturelles et de la biodiversité, sécurisation de nos filières énergétiques et développement des filières industrielles des énergies nouvelles, plan massif de rénovation thermique des logements.


RÉPONDRE À L'URGENCE POUR L'ÉDUCATION NATIONALE ET LA CULTURE

1

Réexamen des conditions concrètes de la rentrée scolaire, notamment les RASED ; recrutement (dans le cadre de l'enveloppe quinquennale de 60 000 postes) d'assistants d'éducation, de personnels d'encadrement ; mesures d'urgence pour compléter la formation pratique des professeurs néo-titulaires


2

Mise en place de la Commission de préparation de l’Acte II de l’exception culturelle


 

D'AOÛT 2012 À JUIN 2013

APRÈS LA RÉFORME FISCALE ET LA RÉFORME BANCAIRE, POURSUIVRE LES RÉFORMES DE STRUCTURE POUR MODERNISER LE PAYS

1

Nouvel acte de décentralisation pour donner plus de responsabilités aux Régions en matière de développement économique, d'emploi et de formation et renforcer la cohésion territoriale ; supprimer les doublons Etat/Collectivités ; supprimer le conseiller territorial et démocratiser les élections locales


2

Loi de développement économique et social : création de la Banque publique d'investissement pour financer les entreprises, notamment les TPE et PME dans les quartiers, et favoriser l'innovation, la production en France et l'export ; lutte contre les licenciements boursiers et les restructurations « sauvages » ; mise en place des « contrats de relocalisation » ; participation des salariés aux conseils d'administration et aux comités de rémunération des grandes entreprises ; notation sociale des entreprises


FAIRE DE LA JEUNESSE UNE PRIORITÉ NATIONALE

1

Loi d’orientation et de programmation pour l’éducation nationale (réforme de la formation des enseignants, réforme des rythmes scolaires, programmation du recrutement de 60 000 postes dans l'Education nationale et l'enseignement supérieur, création de l'Ecole nationale supérieure de formation pratique des maîtres…)


2

Création des emplois d'avenir –150 000, dont100 000 dans l’année qui suit l’entrée en vigueur de la loi- et du contrat de génération, dans une loi pour l'emploi et la cohésion sociale, afin de permettre aux jeunes d'accéder au marché du travail, en particulier dans les quartiers


RÉPONDRE AUX PRÉOCCUPATIONS QUOTIDIENNES DES FRANÇAIS

1

Création de 1000 postes (dans le cadre de l’enveloppe quinquennale de 5000 postes) pour la sécurité et pour la justice - loi de finances pour 2013


2

Fin de la convergence tarifaire public-privé à l'hôpital - loi de financement de la sécurité sociale pour 2013


3

Lancement du Plan de lutte contre le cancer 2013-2016


4

Négociation avec les partenaires sociaux sur la réforme globale des retraites : âge de départ, pénibilité, carrières fractionnées, financement durable


5

Loi sur l’accès au logement : encadrement des loyers à la location et à la relocation, renforcement des sanctions prévues par la loi SRU, réforme du régime de cession du foncier de l'Etat pour faciliter la construction de logements par les collectivités territoriales


6

Dès l’achèvement de la préparation technique, loi sur la tarification progressive de l’eau, de l’électricité et du gaz


GARANTIR LES DROITS DE CHACUN

1

Droit au mariage et à l'adoption pour tous les couples


2

Droit de finir sa vie dans la dignité


RENFORCER NOTRE DÉMOCRATIE ET DÉFENDRE LES PRINCIPES DE LA RÉPUBLIQUE

1

Constitutionnalisation des principes de la loi de 1905 sur la laïcité, réforme du Conseil supérieur de la Magistrature pour garantir l'indépendance de la justice, réforme du statut pénal du Chef de l'Etat pour le rendre responsable des actes commis sans rapport avec sa fonction, suppression de la Cour de Justice de la République pour que les Ministres soient jugés comme des citoyens ordinaires, droit de vote, loi électorale, suppression du cumul des mandats, inscription dans la Constitution du respect de la démocratie sociale.

Mardi 3 avril 2012 2 03 /04 /Avr /2012 10:54

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France métissée, l’appel aux candidats .

 Réaction de M. François HOLLANDE

 

INTERVIEW

La diversité des citoyens, un atout pour notre pays, reste à ce jour un sujet négligé de la campagne présidentielle. Suite à l'Appel aux candidats lancé le 24 janvier 2012 par Respect Mag et Terra Nova, Terra Nova dévoile en exclusivité la réponse de François Hollande et ses engagements en matière de diversité.

Terra Nova et Respect Mag : Lors de l'émission Des paroles et des actes, vous avez indiqué vouloir développer la lutte contre les discriminations dans l'emploi. Notre proposition (Pour une loi sur l'équité en matière d'emploi à la française) permet d'agir en légiférant sur l'obligation de transparence des entreprises. Elles rendraient ainsi public leur bilan annuel en la matière. Qu'en pensez-vous ?

 

Deuxièmement, loin d'être pour nous secondaire, la question des quartiers populaires ne saurait résumer l'ampleur du sujet. Les « minorités visibles » issues des classes moyennes se trouvent, elles aussi, confrontées à de fortes discriminations. Y compris, voire plus encore, les plus diplômées. Le préjugé « racial » touche toutes les composantes sociales (excepté sans doute les plus favorisées, mais cela est marginal)...

 

 

François Hollande : L'égalité est au cœur de mon projet. La lutte contre les discriminations sera donc logiquement une de mes grandes préoccupations. Il conviendra tout d’abord de développer des outils pour lutter contre les discriminations dans la fonction publique, car l’Etat doit être exemplaire. En ce sens, j'ouvrirai le droit d'ester en justice devant les juridictions administratives pour les associations de lutte contre les discriminations, afin de protéger les agents plaignants.

 

Mais la lutte contre les discriminations ne concerne pas uniquement le secteur public. Nous devrons mettre en place de nouveaux outils pour combattre les discriminations dans le secteur privé. Il est possible d’influencer efficacement la politique des entreprises par l’intermédiaire de la commande publique. Les organisations syndicales ont aussi un rôle à jouer au moment des discussions sur le bilan social qui devra mentionner les efforts faits pour lutter contre les discriminations. Enfin, que les entreprises rendent des comptes en matière de lutte contre les discriminations, voilà une première étape à laquelle je ne peux que souscrire.

 

T.N & R.M : La proposition 1 implique que l'on puisse mesurer les blocages, les progrès. Le sujet hautement polémique des « statistiques ethniques » est souvent mis en avant pour réfuter toute mesure. Il y a pourtant une alternative, comme le rapport Héran (qui réunissait des entreprises, des associations, le CFDT, des experts) le préconisait. Introduire dans la statistique nationale (pour comparer les bassins d'emploi) comme dans des questionnaires (dont les réponses seraient, sur la base de l'anonymat et du volontariat recueillies dans les entreprises et les administrations) des références à l'origine : lieu de naissance des parents, grands-parents (outre-mer compris). Cela afin de pouvoir mettre des mots, des chiffres et des actes concrets sur la question de la discrimination renvoyant au préjugé ethno racial. Ferez-vous avancer la Gauche sur ce sujet?

 

F.H : Le Conseil constitutionnel a rappelé que la Constitution interdit la création de tout référentiel ethno-racial dans notre pays. Mais il demeure possible, pour des organismes publics comme l'Insee, de mener des enquêtes incluant des données sur l'origine si elles sont déclarées d'intérêt général. Le cadre législatif actuel permet donc de mener des enquêtes ponctuelles et précises afin de mesurer l'impact de certaines discriminations. Il n'est pas nécessaire pour cela d'accepter l’introduction de statistiques ethniques.

 

T.N & R.M : La question coloniale et postcoloniale reste en France très taboue. Ces silences génèrent souvent des constructions mythiques chez les personnes qui en sont issues et favorisent une « concurrence des mémoires ». Nous proposons la création d'un lieu national qui puisse transmettre, créer l'échange pour que toutes ces mémoires (sans oublier aucune composante) se croisent et puissent parler à chacun (jeunes, enseignants, associations, artistes...) Ce lieu serait, pour nous, une grande réalisation du prochain quinquennat.

 

F.H : La question coloniale et post coloniale a effectivement longtemps été occultée dans notre pays. Je l’ai dit récemment en évoquant le cinquantième anniversaire des accords d’Evian, qui a, à la fois mis fin à un long conflit et achevé le processus de décolonisation de la France. J’ai également dit qu’il y avait place aujourd’hui pour un regard lucide, responsable sur notre passé colonial et confiant envers l’avenir. C’est important, car nombre de préjugés s’enracinent encore aujourd’hui dans cette histoire coloniale. Et une part importante de notre population y a également une grande part de sa propre histoire.

 

Nous devons aujourd’hui tout mettre en œuvre pour avancer ensemble sans oublier. Sans aller jusqu'à un lieu dédié aux minorités qui risquerait d'enfermer dans une catégorie certains de nos concitoyens. Je veux au contraire aller dans le sens d’un développement des échanges culturels et de la transmission de l'histoire. Car les cultures diverses qui font toute la richesse de notre pays méritent d’être partagées. Je ferai aussi en sorte que notre jeunesse bénéficie d’un enseignement de l’histoire de l’immigration et également de l’histoire coloniale, car rien ne sera possible sans le changement des représentations.

 

T.N & R.M : Vous avez évoqué la création d'un ministère de l'égalité territoriale. Cette égalité nous paraît effectivement urgente à considérer. Cependant, comment faire le lien avec les autres grands sujets (handicap, âge etc...) de la « diversité »? Et comment ne pas alors, mettre sous silence la question des origines qui, comme nous l'avons développé dans notre question 2, reste particulièrement non traitée en France?

 

F.H : Ce ministère de l'égalité des territoires est essentiel, car il n'est plus acceptable que l'accès à l'emploi, au logement, aux soins, aux services publics..., ne soit pas le même selon que l'on vive dans le centre d'une grande ville, en périphérie, dans un quartier populaire ou dans un village en milieu rural. Je veux défendre l'égalité partout dans notre République, d'où que l'on vienne et quelle que soit son adresse.

 

Je veux également garantir l'égalité pour tous, qui que l'on soit, quels que soient ses choix de vie ou son histoire personnelle. Parce que c'est juste. Et parce que la diversité est une richesse formidable pour notre pays, que l'acceptation de l'autre dans toutes ses différences est le socle de notre pacte républicain. Je veux promouvoir et donner toute sa place à cette diversité dans les instances représentatives. Mais je veux aussi faire tomber les barrières invisibles dressées selon le genre, l'âge, la religion, l'orientation sexuelle ou encore le handicap.

 

Il faudra combattre ensemble les discriminations liées à l'origine. Je prendrai des mesures contre les délits de faciès, par des actions de formation et de sensibilisation. Je demanderai une plus grande transparence dans le suivi des dossiers de demande de logement social. J'inciterai les entreprises à s'engager encore plus fortement dans cette lutte. Car la France est riche de tous les hommes et de toutes les femmes qui la composent.

 

T.N & R.M : Vous avez, également dans Des paroles et des actes, évoqué la question des contrôles au faciès. Voilà une proposition concrète pour lutter contre ces pratiques qui participent à briser le lien social... Qu'en pensez-vous?

 

F.H : J'ai la volonté de restaurer un climat partagé d'apaisement là où d'autres ont fait le choix de jouer sur les peurs, sur les stigmatisations en distillant un climat de suspicion. Il est urgent d'instaurer un climat de confiance, condition pour réellement vivre ensemble et non simplement côte à côte. La France, je la veux rassemblée. Or le contrôle au faciès est une discrimination de la vie quotidienne, une injustice que je n'accepte pas. Je veux y mettre un terme car chaque citoyen mérite la même considération, le même respect.

 

Pour cela, je mettrai fin à la politique du chiffre dans les services de police, politique inefficace qui a contribué fortement à la multiplication des contrôles au faciès. Il sera nécessaire de miser sur une meilleure formation des policiers qui interviennent dans les quartiers. Mieux former notamment à la lutte contre les discriminations est un enjeu crucial. Je veux également le retour d'une sécurité de proximité dans les quartiers pour une action préventive de confiance. Policiers et gendarmes seront au contact quotidien de la population, au service des habitants. Enfin, une procédure de contrôle d'identité plus respectueuse des citoyens et utilisée avec parcimonie devra être mise en place.

 

BONUS – REACTION A 5 PROPOSITIONS PHARES

 

Au délà de l’interview qu’il nous a accordée, François Hollande a souhaité réagir à cinq de nos propositions, qui ont particulièrement retenu son attention.

 

Sur la proposition 2 : « Créer des emplois francs pour réduire le chômage dans les zones urbaines sensibles ».

 

Il n’y a pas de cohésion sociale possible sans un accès égal à l’emploi. Réinstaurer la justice dans nos territoires, lutter sans concession contre toutes les discriminations, et, par-dessus tout, redonner espoir aux nouvelles générations : c’est notamment pour l’emploi que ces trois engagements de mon projet pour la France trouveront à s’appliquer.

 

Vous proposez 150 000 embauches spécifiques, réservées à des personnes habitant en ZUS depuis au moins un an. J’ai fait une proposition proche : 150 000 emplois d’avenir, destinés en priorité aux jeunes des quartiers. Le critère, que vous suggérez, selon lequel il faudrait habiter en ZUS depuis au moins un an soulève des difficultés pratiques. Ce n’est d’ailleurs pas parce qu’on habite en ZUS, même depuis toujours, que l’on ne peut pas très bien réussir ! C’est le parcours personnel, et les difficultés personnelles, qui doivent être pris en compte en priorité.

 

C’est le sens des 150 000 emplois d’avenir que je veux mettre en place. Il s’agira de contrats de travail longs, pouvant aller jusqu’à cinq ans, dans des secteurs et des métiers porteurs, avec une aide de l’Etat. Les emplois d’avenir prévoiront un suivi renforcé et individualisé, et garantiront l’acquisition d’une qualification à leurs bénéficiaires.

 

Au-delà des emplois d’avenir, l’emploi dans les quartiers populaires est au cœur de beaucoup de mes propositions, avec notamment le contrat de génération pour les jeunes les moins qualifiés et les seniors. Ainsi, je veux lutter contre le décrochage scolaire qui voit des jeunes sortir du système scolaire sans qualification ; je veux lutter contre toutes les discriminations, quelque soit leur nature, et surtout contre les discriminations à l’embauche ; je veux lutter contre la fracture territoriale en investissant dans un réseau de transports publics efficace qui desservira tous les quartiers.

 

Il faut favoriser l’emploi tout de suite pour les habitants des quartiers populaires, mais aussi et surtout leur assurer les conditions d’un développement durable. Toutes ces mesures vont dans ce sens.

 

 

Sur la proposition 5 : « Impulser la mixité dans le logement ».

 

Favoriser la mixité dans l’accès au logement est une exigence. La mixité doit être partout, pour tous car l’on est un citoyen à part entière que l’on habite Clichy-sous-Bois, Roubaix, Neuilly-sur-Seine ou Bayonne. C’est tout le sens du renforcement de l’article 55 de la loi Solidarité et renouvellement urbains que je propose : le seuil minimum de logements sociaux sera passé à 25% (au lieu de 20% aujourd’hui) et les pénalités financières seront quintuplées pour les communes qui refusent d’appliquer la loi. La République qui m’est chère, c’est celle où la loi est la même pour tous. La mixité dans le logement, c’est non seulement permettre ainsi la présence de logements sociaux dans des communes et des quartiers qui en sont dépourvus mais aussi encourager la construction de logements intermédiaires et de logements en accession à la propriété dans les quartiers populaires. C’est aussi assurer un meilleur parcours résidentiel pour chacun. C’est pourquoi je propose d’encadrer les loyers du parc privé car la flambée des prix a exclu de nombreuses familles de ces logements locatifs. Enfin, je lutterai sans relâche contre toutes les formes de discriminations dans l’accès au logement, que ce soit dans les procédures d’attribution des logements sociaux ou dans le parc privé. Cela passera notamment par la création d’une caution solidaire pour les jeunes, trop souvent écartés par les propriétaires. Un enfant de cadre et un enfant d’ouvrier ou d’intérimaire n’ont pas les mêmes chances de signer un bail, loin s’en faut. C’est injuste. Discutée avec les partenaires sociaux, cette caution réduira les inégalités entre jeunes adultes aux parcours familiaux et sociaux différents.

 

Sur la proposition 8 : « Donner un statut aux langues de France (Hexagone et Outre-Mers) ».

 

L’affirmation du français ne saurait refuser la diversité linguistique. Je suis pour que les langues régionales soient reconnues et parlées. Si je suis président de la République, j'aurais à envisager avec le Parlement, une modification de la Constitution pour ratifier La Charte européenne des langues régionales ou minoritaires, adoptée dans le cadre du Conseil de l’Europe. C'est dans ce sens-là que nous pourrons permettre aux langues régionales d'assurer leur vitalité. Je considère que pour beaucoup de nos concitoyens qui parlent — et parlent merveilleusement — le français, c’est une richesse de plus que de parler une langue régionale.

 

Cette mesure s'appliquera à toutes les langues régionales, dans la mesure où je ne fais pas de différence entre elles. En rappelant, néanmoins, que la seule langue officielle est le français. A partir de là, toutes les régions qui le souhaiteront pourront initier des programmes plus ambitieux de développement de leur langue et de leur culture. L’Etat agira en partenaire.

 

En ce qui concerne spécifiquement les outre-mers, j’ai entendu le message de culture qui a été porté. Le créole est une langue, une belle langue, qui demande à être reconnue. Elle le sera grâce à cette ratification. Mais plus encore, je pense que dans bien des départements et territoires d’outre-mer, l’enseignement du français doit se faire en bonne intelligence et en synergie avec le créole, beaucoup mieux parlé couramment.

 

J’ai pris cet engagement car je ne crains pas que la langue française en soit abaissée ou diminuée. La langue française n’a rien à craindre, la langue française est une langue de liberté, c’est une langue qui se donne au monde, c’est une langue de culture qui s’enrichit de toutes les autres cultures et de toutes les langues qui la constituent.

 

Sur la proposition 11 : « Former les professeurs à la réalité des quartiers populaires ».

 

Donner à nos enseignants une formation de qualité constitue une des priorités du pacte éducatif que je propose aux Français. C'est un enjeu majeur qui revêt une importance toute particulière dans – et pour - les quartiers populaires.

 

La droite a détruit notre système de formation initiale des enseignants pour supprimer 15 000 postes de plus mais aussi par mépris de ce qu'est l'acte d'enseigner. Nous mesurons toujours plus les conséquences de cette folie : 70% des nouveaux enseignants se retrouvent en responsabilité d'une ou plusieurs classes, souvent dans les établissements les plus difficiles, sans jamais avoir rencontré un seul élève, ni reçu de formation pratique. Une catastrophe pour ces jeunes professeurs mais aussi pour nos enfants.

 

Car enseigner est un métier difficile, exigeant, un métier qui s'apprend. Il ne suffit pas d'être un historien érudit pour savoir enseigner l'histoire. Il faut également savoir transmettre, observer les élèves, les intéresser, « tenir » une classe, capter leur attention, …

 

Je propose de créer, au sein de l'Université, des Ecoles supérieures du professorat et de l'éducation. Tous les professeurs, quels que soient leurs niveaux de recrutement, qu’ils se destinent à enseigner en maternelle ou à l’université, y partageront un moment de formation commun, avec de l'alternance, un lien avec la recherche en pédagogie, des maquettes rénovées pour s'adapter aux évolutions du métier.

 

C’est dans le cadre de ces nouvelles structures que nous devrons mieux préparer nos professeurs à enseigner dans les quartiers populaires, que nous les aiderons tout au long de leur carrière. Chaque enfant a des points forts, des difficultés et un rythme d'apprentissage qui lui sont propres, il est fondamental si l'on veut lutter contre le décrochage que les enseignants apprennent à adapter leurs méthodes. Une place importante devra donc être accordée à l'accompagnement personnalisé des élèves, aux relations avec les familles, au travail en groupe ou encore à l'expression orale. L'accent doit également être mis sur la nécessaire symbiose entre l'école et l'ensemble des acteurs qui contribuent à créer du lien social : familles, collectivités locales, associations de jeunesse et d'éducation populaire, centres de recherche, etc.

 

Ces efforts en matière de formation ne produiront cependant tous leurs effets que si la continuité des équipes et des projets pédagogiques est davantage assurée dans les quartiers populaires. Il convient, pour cela, de mettre en place des dispositifs visant à maintenir les enseignants en poste dans ces quartiers et à inciter les enseignants expérimentés à venir y travailler.

 

Lundi 2 avril 2012 1 02 /04 /Avr /2012 18:03

François Hollande a participé vendredi aux grands entretiens que Metro  réalise avec LCI, "En direct des QG de campagne". Le candidat socialiste a répondu aux questions de cinq des lecteurs de métro   ( article : Hollande: "Je ne suis pas dans l'improvisation" )

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Le candidat socialiste a reçu les lecteurs de metro dans son QG de campagne vendredi 30 mars Photo : Zoé Ducourneau/Metro

 

Benoît : Quelles solutions novatrices imaginez-vous pour résoudre le problème de l'emploi ?
J'ai une proposition qui correspond aux difficultés des jeunes et des seniors sur le marché du travail. C'est le contrat de génération : l'entreprise qui s'engagera à garder un senior afin qu'il puisse partir à la retraite dans de bonnes conditions, et qui embauchera un jeune en CDI, ne paiera plus aucune cotisation sociale sur ces deux emplois. Je ne dis pas que cela règlera immédiatement la question du chômage : sa baisse dépend beaucoup de la politique économique que nous mettrons en œuvre et de la croissance que nous devrons être capables de relancer en Europe. Mais c’est une mesure forte pour réduire la précarité des jeunes et maintenir les séniors dans l’emploi.

Noé : Jean-Luc Mélenchon veut augmenter le Smic à 1 700 euros. Seriez-vous prêt à faire pareil ?
Je ne promets que ce que je serai capable de tenir. Donc plutôt que d'annoncer un chiffre, je réunirai une conférence avec les partenaires sociaux pour ouvrir des négociations sur l’emploi des jeunes et sur les salaires. Quant au SMIC, il sera non seulement indexé sur les prix, mais aussi directement lié à la croissance.

Awa : Maman célibataire, je travaille en CDI mais je vis à l'hôtel avec mon fils car je n'arrive pas à trouver de logement. Que comptez-vous faire pour aider les personnes dans mon cas ?
Plus d'un million de personnes attendent un logement social, et à Paris la tension est très forte. Vous en êtes hélas la victime. Mais vous êtes une mère seule, qui travaille, donc je considère que vous êtes prioritaire. Pour les familles mono-parentales, nous créerons des logements très sociaux. C'est pourquoi j'ai proposé que tous les terrains dont l'Etat est propriétaire soient mis à disposition des collectivités locales pour qu'elles construisent davantage de logements.

Benoît : Comptez-vous vraiment rétablir la retraite à 60 ans ?
Le principe qui m’anime est celui de la justice. Celles et ceux qui ont commencé à travailler tôt (16 ans), qui ont leurs trimestres requis pour partir à la retraite à taux plein, pourront le faire à 60 ans. Pour les autres, nous ouvrirons une négociation sur la pénibilité, sur la décote, ainsi que sur la situation des femmes dont les carrières ont été incomplètes.

Anne-Sophie : Alors que l'Europe entière met en œuvre des cures d'austérité, est-il crédible de vouloir créer 60 000 postes dans l'Education nationale ?
La croissance est indispensable pour atteindre nos objectifs de réduction de déficit et de maîtrise de la dette. Quand j'ai annoncé la création de 60 000 postes à la fin du quinquennat, soient 12 000 par an, j'ai chiffré la mesure : elle coûtera 2,5 milliards d'euros. C'est la somme qu'a représentée le bouclier fiscal mis en place par le candidat sortant. Le candidat sortant a protégé les plus fortunés. Moi, j’ai choisi de protéger nos enfants !

Awa : Des fédérations de parents d'élèves demandent la suppression des devoirs à la maison pour les écoliers. Quelle est votre position sur ce sujet ?
Un certain nombre de familles ne peuvent pas accompagner scolairement leurs enfants. Il est donc très important, pour lutter contre l’échec, que les devoirs soient encadrés dans l'établissement. En même temps, je souhaite que soient encouragées les activités sportives et culturelles après l’école. Et face à la gravité de la déscolarisation, je veux soutenir les familles en difficulté.

Julien : Vous avez proposez de taxer à hauteur de 75 % les revenus supérieurs à un million d'euros. N'est-il pas dangereux de créer l'exode des grosses fortunes ?
Environ 3 000 personnes gagnent plus d'un million d'euros. Il ne s'agit pas de décourager qui que ce soit, mais d'envoyer un message simple : nous devons tous nous mobiliser pour le redressement, et l’exemple doit venir d’en haut. Il y a des bonus indécents. De la même manière, je baisserai le train de vie de l'Etat et diminuerai de 30% les rémunérations du Président et des membres du gouvernement. Ce n'est évidemment pas ce qui renflouera les caisses de l'Etat, mais ce sera le signe que les temps changent.

Noé : que proposez-vous en matière de sécurité ?
D’abord, je veux évoquer la lutte conte le terrorisme. Elle doit être menée de manière implacable, continue et cohérente. Tous les enseignements de la tuerie de Montauban et de Toulouse seront tirés, en termes de services de renseignements et même de lois si c'est nécessaire. Je n'exclus rien, mais je ne veux pas faire d'annonces précipitées ou sans effet. Ensuite, l’insécurité s’est fortement amplifiée. Nous devons lutter fermement contre les violences aux personnes, qui ont progressé de 20% ces cinq dernières années ! Nous mettrons davantage d'effectifs de police et de gendarmerie, nous identifierons les zones de sécurité. Ces moyens seront redéployés. Et face à la délinquance juvénile, je renforcerai la protection judiciaire de la jeunesse et doublerai le nombre d’établissements qui accueillent les mineurs violents.

Anne-Sophie : La progression de Jean-Luc Mélenchon dans les sondages vous inquiète-t-elle ?
Je ne suis pas dans une bataille à l'intérieur de la gauche. Je dois la rassembler. Je n'ai qu'un seul adversaire, la droite, et qu'un seul objectif, battre Nicolas Sarkozy afin de pouvoir gouverner la France avec une autre perspective : le redressement dans la justice et la priorité donnée à la jeunesse. Pour y parvenir, je dois être au plus haut au soir du premier tour. Donc je fais en sorte de convaincre les électeurs de faire le choix essentiel dès le 22 avril.

Benoît : Gauche modérée, écologistes, pression de Jean-Luc Mélenchon… Comment ferez-vous pour gouverner alors que vous devrez composer avec de telles tendances diverses ? Aura-t-on un "consensus mou" ?
La question du rassemblement se pose davantage pour le candidat sortant. Qui sera son partenaire pour le second tour ? Il cherche du côté de l’extrême droite. Quant au centre, il se veut indépendant. Je dois faire le rassemblement autour des 60 propositions que j’ai présentées aux Français. Après, il y aura une majorité parlementaire à constituer. Là encore, ce seront les électeurs qui en décideront lors des législatives. Je veux une équipe solide et solidaire. Celles et ceux qui voudront gouverner, seront les bienvenus. Mais je ne veux forcer personne.

Benoît : Certains essaieront certainement de vous faire changer certaines lignes de votre programme…
J’écouterai le message des électeurs du premier tour. Mais mon rôle c’est de donner la direction. J'ai présenté mes propositions dès le mois de janvier. Je ne suis pas dans l'improvisation, je ne sors pas des mesures de ma poche pour tenter de convaincre au dernier moment. Quand Nicolas Sarkozy le fait, chacun se demande : "Mais pourquoi ne l’a-t-il pas fait plus tôt ?" Je ne veux pas être le chef d'un clan, le chef d’un parti, d'une coalition. Je veux être chef de l'Etat, avec l'impartialité et l'exemplarité qui sont attendus.

Metro/LCI : Vous avez commencé votre campagne il y a déjà un an. N'avez-vous pas peur d'être dans la peau d'un marathonien qui peine à trouver un nouveau souffle à quelques kilomètres de l'arrivée ?
Ce qui compte, c'est de gagner la course, mais être parti tôt m'a donné un précieux entraînement. Je ne suis jamais fatigué quand il s’agit de convaincre. Ce ne sont pas cinq semaines, mais cinq ans qui m'attendent. Le président sortant, cela fait cinq ans qu'il a entamé son parcours. Le problème, c'est qu'il est allé en zigzag.

 


Vendredi 23 mars 2012 5 23 /03 /Mars /2012 10:52

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Monsieur le maire, cher Alain, Messieurs les présidents, cher René, cher Jacques, Mesdames, Messieurs les élus, Mesdames, Messieurs, chers amis, je suis de nouveau ici à Aurillac, comme voisin, comme ami et cette fois-ci, comme candidat à la présidence de la République. Ce soir, néanmoins, n’est pas un soir comme les autres. Cette réunion publique, à laquelle vous êtes venus nombreux, n’est pas une réunion publique comme les autres. Elle est la première que je tiens après la tragédie de Toulouse et de Montauban. La France, toute la France, a été endeuillée par des assassinats terroristes. Trois victimes choisies pour ce qu’elles incarnaient, l’armée française, puis ensuite quatre enfants foudroyés dans leur école, pour cette haine odieuse qui s’appelle l’antisémitisme. En cet instant et devant vous, ma pensée va vers chacune de ces vies brisées, va vers leurs familles, va aussi aux blessés qui luttent encore contre la mort. L’assassin a choisi ses cibles délibérément, parce qu’il haïssait ce qu’elles représentaient, des soldats de la République, ou ce qu’elles étaient, des enfants juifs dans leur école. Le terroriste voulait, en cette période électorale, nous diviser, introduire le ferment de la folie raciste, antisémite et même épouvanter notre communauté nationale. Il aura échoué. Ce ne sont pas des juifs, des musulmans ou un chrétien qu’il a assassinés, ce sont des Français, des citoyens de la République. Et c’est ce qu’ont exprimé les familles des victimes, les représentants des religions, ensemble, et toute la population.

 

Le rythme de la confrontation démocratique s’est figé pour quelques jours. Pour ma part, j’ai considéré que c’était nécessaire. Je respecte les choix qu’ont pu faire d’autres candidats. Cette tragédie imposait à tous de s’en tenir aux seules paroles qui convenaient dans cette circonstance, celles de la compassion, celles de la solidarité, mais aussi s’en tenir à la volonté de rechercher le coupable, l’assassin. L’action des forces de sécurité a conduit d’abord à l’identification, à la localisation et à la mise hors d’état de nuire du tueur. Les policiers qui ont mené cette opération méritent toute notre gratitude. Ils ont pris des risques, y compris pour leur propre vie. Et certains d’entre eux ont été blessés. Je veux, devant vous, leur rendre hommage et leur dire notre reconnaissance.

 

Il y a un temps pour tout, un temps pour s’affronter, un temps pour se réunir ; un temps pour débattre et un temps pour se recueillir ; un temps pour parler et un temps pour se taire. Aujourd’hui, la campagne reprend ses droits. C’est nécessaire ; c’est même indispensable. Le pays a besoin d’un débat clair, transparent, simple et en même temps exigeant. Le pays, c’est-à-dire notre pays, la France, va faire un choix décisif, un choix essentiel, le choix de son destin pour les cinq prochaines années. Un choix d’une personnalité pour représenter l’Etat et donc la Nation tout entière, mais un choix aussi de conception de la société, de la politique, de l’action internationale. Ce choix mérite d’être respecté et le temps qui va maintenant nous être donné pour cette confrontation doit être un temps plein et en même temps un temps digne.

 

La campagne reprend ses droits mais rien ne devra être oublié. La tragédie de Toulouse, de Montauban, marquera durablement les esprits. Elle nous rappellera d’abord que la lutte contre le terrorisme n’est pas terminée. Elle se poursuit et elle se poursuivra et cet engagement devra être total, avec les moyens nécessaires et en même temps les exigences indispensables. La première de cette exigence pour mener cette bataille, cette lutte, ce combat contre le terrorisme, c’est l’affirmation des valeurs de la République. C’est en leur nom, au nom de ces valeurs, de ces principes, que nous nous défendons. C’est pour les valeurs de la République que nous luttons et c’est par les valeurs de la République que nous vaincrons la menace terroriste. La France doit réaffirmer sa fierté, la fierté d’être elle-même, la fierté d’être portée par des principes qui nous dépassent, qui nous rendent plus grands que nous-mêmes. Oui, nous devons réaffirmer, justement en ces instants, notre attachement à ces principes fondamentaux. Lesquels ? La primauté du droit, la justice, le respect de la personne humaine, l’égalité. Ce n’est pas de moins de République dont nous avons besoin. Ce n’est pas moins de République qui nous rendra plus forts. C’est plus de République qui nous permettra de vaincre et d’être à la hauteur des défis que nous allons affronter.

 

La République, c’est à la fois notre patrimoine commun que nous devons préserver, mais c’est aussi le levier, l’outil indispensable pour répondre à toute menace et prévenir toute agression. C’est par l’affirmation, l’incarnation de la République dans la société française, que nous pourrons être plus unis, et donc plus solidaires et donc plus forts, pour gagner la bataille.

 

La seconde exigence c’est le refus de l’amalgame. Ce n’est pas un musulman qui a perpétré ces assassinats parce qu’il était musulman. C’est un terroriste, qui a d’ailleurs tué d’autres musulmans. L’islam ce n’est pas l’islamisme, ce n’est pas le terrorisme. Le terrorisme peut se servir d’une religion. Il ne peut pas se confondre avec elle. L’islam est pratiqué par des millions de personnes dans le monde, de façon pacifique. L’islam est la religion de centaines de milliers de Français, qui vivent et pratiquent dans la paix et dans le respect des lois de la République. Aucune religion n’a à être suspectée, et encore moins à être stigmatisée. Seul le terrorisme doit être éradiqué car il est contraire à tout ce qui est humain. Le terrorisme, c’est la haine, la haine des autres. Le terrorisme, c’est la négation, la négation de l’humanité. Le terrorisme, c’est la lâcheté. C’est pousser la folie jusqu’à s’en prendre aux plus faibles, aux plus innocents des innocents, des enfants eux-mêmes. Le terrorisme ne peut trouver aucune justification, aucune. C’est Albert Camus qui l’avait énoncé avec force. Quelle que soit la cause que l’on défend, elle restera toujours déshonorée par le massacre aveugle d’une foule innocente. Aucune justification ne peut être trouvée à un acte terroriste.

 

La lutte contre le terrorisme doit d’abord se situer à l’échelle internationale. Al Qaida, hélas, n’a pas disparu avec la mort de Ben Laden et cette organisation sévit, prospère même, chaque fois que le chaos s’est introduit. En Irak, en Lybie, en Somalie, en Afghanistan, au Pakistan, partout où il y a du désordre, partout où il y a des violences sans limites. Partout où les Etats ont disparu, là, s’infiltre cette organisation. Elle a pris un autre nom dans le Sahel : Aqmi. Elle détient encore aujourd’hui, au moment où je parle, plusieurs de nos ressortissants en otage. Ce qui doit conduire la France à mener une politique de lutte contre le terrorisme à l’échelle qui convient, l’échelle internationale, à faire les coopérations indispensables, à échanger les informations, les renseignements ; à pouvoir aussi considérer la lutte contre le terrorisme comme l’une des principales missions de notre politique de défense, et soutenir également tous les pays et notamment les plus fragiles, les plus faibles, les plus pauvres, qui luttent contre le fléau du terrorisme. Et ici, en France, la République doit être implacable. Il y a des lois ; elles existent. Notre code pénal a été à plusieurs reprises renforcé pour lutter contre cette menace. Cet arsenal peut comporter des failles. Une faille a d’ailleurs été à un moment relevée par un ministre du Gouvernement. Nous verrons de quoi il s’agit. Mais ce qui compte, au-delà des effets d’annonce, ce qui compte, ce sont les moyens pour faire appliquer les lois. Moyens qui doivent être donnés aux services de renseignement, moyens qui doivent être attribués à tout ce travail de suivi, de vigilance des personnes identifiées comme dangereuses. Les enquêtes en milieu pénitentiaire, là où se regroupent il est vrai, des personnes qui peuvent à un moment concevoir l’idée d’une action. Et surtout mieux coordonner nos équipes. Des services qu’on appelle DCRI, DGSE, qui doivent travailler dans le même sens pour être efficaces. A la suite du drame de Toulouse et de Montauban, des questions seront nécessairement posées. L’heure n’est pas aujourd’hui de faire je ne sais quelle polémique. L’enquête dira ce que nous aurons à connaître là-dessus.

 

C’est vrai que ce tueur, Mohamed Merah, avait fait deux voyages, l’un en Afghanistan en 2010, l’autre au Pakistan en 2011. Il avait justifié un motif touristique. Un contrôle, accru donc, des déplacements de voyageurs dans des pays sensibles, s’impose. Mais je le dis, nous tirerons toutes les leçons de cette tragédie et nous en aurons la clarté. Et donc toutes les conclusions seront mises à profit de la République. Au-delà de l’élection présidentielle, nul ne doit avoir le moindre doute sur la politique qui sera suivie au lendemain du mois de mai. Et si les Français m’accordent leur confiance, je leur affirme ici : la République ne laissera aucun terroriste en paix. La République poursuivra tous ceux qui menacent la sécurité de nos concitoyens. La République combattra tous ceux qui se livrent à des actions terroristes et la République les vaincra, parce que c’est ça, le combat incessant de la démocratie et de la République contre le fléau de la haine et de la barbarie. La France ne baissera jamais la garde. Il y va de notre cohésion nationale et aussi de nos libertés individuelles. Chaque Français, sur le territoire de la République, a le droit d’être protégé. Oui c’est un droit, garanti par l’Etat, pour toutes celles et tous ceux qui vivent ou se trouvent sur notre sol.

 

La sécurité c’est la première des libertés. C’est la liberté sans laquelle les autres libertés perdent leur valeur et leur sens. Si l’un d’entre nous a peur alors il n’est plus libre. Ce sont les plus faibles, les plus démunis, les plus fragiles qui paient toujours le prix le plus fort. La France a besoin de retrouver la force sans laquelle le droit est impuissant. C’est Robert Badinter qui aimait à le dire : l’Etat de droit ce n’est pas l’Etat de faiblesse.

 

Voilà pourquoi je mettrai en œuvre une sécurité de proximité, assurée par la police de nos quartiers et la gendarmerie dans nos territoires ruraux. Je ne peux admettre que 12 000 postes de policiers et de gendarmes ont été supprimés depuis 5 ans. Je créerai des zones de sécurité prioritaire. Là où sont concentrées les violences et la délinquance, là devront se trouver les moyens pour lutter contre ces drames au quotidien. Et bien sûr, toutes les formes de police pourront coopérer et conjuguer leur effort avec les services de l’Etat concernés aussi par la lutte contre les trafics. Je pense aux services fiscaux, aux services douaniers. Nous aurons aussi à mettre en œuvre un suivi des plus jeunes délinquants, ceux qui peuvent justement dériver vers toutes les formes de violence et de radicalité. Il nous faudra donner davantage de moyens à ce qu’on appelle la protection judiciaire de la jeunesse, celle qui suit les délinquants, qui jeunes, sont trop souvent punis, tout en étant livrés à eux-mêmes. Dois-je rappeler que 120 000 condamnations restent inappliquées ? Je doublerai le nombre de centres éducatifs fermés pour les mineurs condamnés par la justice, parce que leur place n’est pas en prison. Les moyens de la justice, eux aussi, seront renforcés parce qu’il nous faut une justice plus rapide et qui puisse suivre un certain nombre d’individus pour éviter la récidive. Les collectivités locales seront associées à cette mission de sécurité. Je lutterai aussi contre les bandes, parce que dans certains quartiers, le trafic de drogues conduit à des trafics d’armes. Regardez le stock que le terroriste avait pu constituer. Et ces trafics d’armes font, nourrissent, également des actions terroristes. Aucun quartier ne sera livré à lui-même. Aucun territoire ne sera abandonné. Oui, la sécurité, ça fait partie aussi de nos engagements, surtout de nos engagements, puisque c’est la première des libertés. Et que l’on ne vienne pas nous dire que la Gauche là-dessus aurait, je ne sais quelle indulgence, ou que la Droite aurait, je ne sais quelle compétence en matière de sécurité.

 

La République c’est la sécurité, mais la République c’est la laïcité. Toutes les religions sont respectables. Toutes ont leur place en France. C’est la liberté de conscience. La République ne méconnaît aucune de ces religions, mais elle ne connaît que la loi, qui doit être la même pour tous et qui fixe aux cultes leur espace, au domaine privé, ses frontières. Je ne céderai pas sur ces règles sans lesquelles il n’y a plus aucune référence commune qui vaille, aucun socle qui dure, aucun repère qui tienne.

 

La laïcité impose la séparation du public et du privé, du religieux et du citoyen. A la religion le domaine de la vie privée selon la liberté de chacun. A la République, celui de la vie publique. Et c’est le devoir de tous. L’égalité entre les hommes et les femmes fait partie de nos valeurs. L’autorité parentale, et pas seulement paternelle, aussi. Et si certains représentants radicaux de telle ou telle religion y sont hostiles, la République les rappellera avec force et les fera valoir ces principes d’égalité entre les femmes et les hommes.

 

Je ne me plains jamais quand au plus haut sommet de l’Etat, la laïcité est enfin proclamée. Mais moi, je veux une laïcité sans épithète. Elle n’a pas besoin d’être ouverte ou tolérante. Elle est la laïcité avec toute sa force.

 

Et là encore, le respect de la liberté est compatible avec les devoirs dans la République. La laïcité, c’est une loi de liberté, qui permet à chacune, à chacun, de vivre comme il l’entend. Mais, dans l’espace public, il y a un ensemble de règles qui s’imposent à tous, dans l’école de la République, dans l’hôpital public et dans les services publics. Et chaque fois que l’on met en cause l’école publique, l’hôpital public, les services publics, on met en cause la laïcité dans la République. La laïcité, c’est à la fois notre histoire mais aussi notre avenir. C’est pourquoi j’ai proposé d’inscrire dans la constitution les principes de la loi de 1905 sur la séparation des églises et de l’Etat, de façon à ce que les lois, les jurisprudences des tribunaux s’en inspirent.

 

Mais regardons la réalité en face, même si elle ne nous fait pas plaisir. Nous avons à relever un autre défi, celui de l’intégration. La République a longtemps été une machine extraordinaire, presque miraculeuse, qui à partir d’identités multiples, à partir de l’immense diversité de nos histoires singulières, de passés différents, à partir d’une infinité de mondes mêlés, parvenait à fabriquer les Français. C’était, et c’est encore, l’intégration. C’était longtemps les provinces de France, qui sont devenues républicaines. Puis ensuite ces populations qui ont été une à une intégrées et nous ont apporté ce que nous sommes, un pays divers et en même temps uni. Nous avons beaucoup gagné et nous gagnerons encore de ces mouvements. Mais aujourd’hui, nous devons donner à la machine républicaine toute son énergie. Et elle en manque.

 

Nous devons regarder les choses en face. Personne en France, d’abord, ne doit manquer de respect. Personne ne doit souffrir de ce qu’il est. Personne ne doit avoir à répondre de son origine, de sa religion, de son lieu de résidence, de sa couleur de peau. Chacun doit être citoyen de la République. Aucune discrimination. La République reconnait tous ses enfants. Elle n’en laissera aucun au bord du chemin. Mais à l’inverse, chacun doit respecter les institutions de la République, la police, l’armée, l’école, ce que nous avons fait ensemble, dans notre histoire et qui nous permet d’être une grande Nation. Et au-delà du respect mutuel, il y a l’apprentissage de ce qu’est la République, c’est-à-dire l’école.

 

L’école n’est pas un lieu parmi d’autres, c’est l’endroit où la vie s’apprend avec son exigence, sa rigueur, sa discipline. L’école, c’est le lieu où s’acquiert une culture dont nos enfants ne sont pas propriétaires, mais dépositaires. Je tiens ici à exprimer ma confiance, ma reconnaissance, aux enseignants de notre pays. Leur tâche est la plus importante de toutes. Ce sont eux qui permettent cette transmission et qui, malgré toutes les difficultés de la tâche, arrivent à intégrer. Et c’est d’autant plus dommageable d’avoir abîmé depuis cinq ans l’école de la République, d’avoir supprimé des postes (80 000), d’avoir touché à ces structures qui permettaient d’accompagner, et d’accompagner encore, les enfants les plus fragiles. Je pense aux RASED, je pense même ici, dans le Cantal, à l’Erea dont on réduit les moyens, c’est-à-dire l’enseignement adapté. Double peine qui a été infligée, d’abord on supprime des postes pour tout le monde, ensuite on fait l’arbitrage, et ce sont les plus fragiles qui ont à supporter encore davantage de suppressions de postes, de suppressions de moyens, de fermetures ! Je pense aussi au lycée d’Aurillac gravement mis en cause, lui aussi, pour les moyens qui lui sont accordés ou qui ne lui seront plus.

C’est la raison pour laquelle j’ai annoncé il y a déjà plusieurs mois — parce que c’était pour moi la condition pour assurer les réformes de l’école indispensables, pour redonner confiance, pour assurer l’égalité — oui, j’avais annoncé, et je le réaffirme ici, la création en cinq ans de 60 000 postes supplémentaires dans l’Education nationale. Ils couvriront tous les métiers, permettant qu’il y ait plus de professeurs, plus d’infirmières scolaires, plus de médecins scolaires, plus de surveillants, mais aussi un vrai service public de l’orientation. Parce que tout ne peut pas se jouer dès les premiers âges de la vie, et que l’on a besoin d’accompagner un certain nombre des enfants qui peuvent, à un moment, connaître une difficulté puis avoir une deuxième chance, une troisième chance. Car rien ne doit être fatal, rien ne doit être déterminé par avance.

 

On m’a fait la leçon là-dessus. La droite, ils savent faire des leçons, mais ils ne les apprennent jamais ! Il m’a été dit : « ça coûte trop cher, on n’a plus les moyens ». J’ai fait mes comptes : 60 000 postes, 500 millions d’euros par an, 2,5 milliards à la fin du quinquennat. Mais quand il s’est agi d’alléger ou de supprimer l’impôt sur la fortune, rien ne les a arrêtés ! Pas davantage d’instaurer un bouclier fiscal pendant cinq ans, qui a coûté bien plus que les moyens que je veux redonner à l’Education nationale. Parce que ce qui compte pour moi, ce n’est pas d’accorder un bouclier aux plus favorisés, mais c’est de permettre que les plus jeunes, ceux qui doivent réussir leur vie, aient toutes les armes pour y parvenir.

 

Ces moyens nous permettront de rétablir la formation initiale des enseignants, une formation digne de ce nom. Je pense ici à l’IUFM d’Aurillac, parce que nous avons besoin de former les jeunes enseignants si nous voulons qu’ils puissent justement transmettre la connaissance, le savoir, les valeurs de la République.

 

Je lutterai contre un mal nouveau qui frappe au-delà des quartiers de nos villes, et qui s’appelle la déscolarisation scolaire, ces jeunes qui s’échappent avant même la fin de ce qu’on appelle l’obligation scolaire, ces absentéistes, ceux qui ne font plus l’école buissonnière mais ne croient plus du tout en l’école de la République. Je l’affirme ici : aucun jeune de 16 à 18 ans ne restera sans solution : soit il sera dans l’Education nationale en apprentissage, soit en formation ou en service civique. Je ne veux plus voir aucun jeune en situation de rupture par rapport à ce que doivent être son parcours, sa chance et son accomplissement. 150 000 jeunes sortent du système scolaire sans diplôme, sans qualification. J’affirme ici que dans cinq ans, si les Français m’ont permis d’être le prochain président de la République, il y aura moitié moins d’enfants qui seront dans cette situation. Et ce sera encore trop ! Mais c’est le devoir que nous devons nous imposer, parce qu’il n’est pas possible — nous qui avons fait tant et nos anciens encore davantage pour l’école de la République — qu’un seul jeune puisse ne pas avoir, au terme de sa scolarité, la capacité de réussir sa vie. Et s’il ne l’avait pas, je prends un autre engagement : ce jeune devra avoir un capital de formation tout au long de sa vie, pour pouvoir avoir une deuxième chance, une troisième chance, en plus de ce qu’il pourra avoir dans le système de formation professionnelle dans son entreprise. Celui qui n’a pas eu le temps de rester à l’école doit avoir du temps dans sa vie pour de nouveau connaître la transmission du savoir, de la connaissance, de la qualification. C’est l’égalité!

 

Transmission des valeurs, rôle de l’école, et en même temps, il y a le service civique. Nous ne remplacerons pas le service militaire par un service civique obligatoire. Mais tout de même, c’est une belle idée, le service civique. Il est dommage de l’avoir laissé réduit à peu de chose. A peine 25 000 jeunes sont en service civique aujourd’hui. Il y a en a encore, prenons l’engagement de porter à 100 000, 120 000 le nombre de jeunes qui seraient en service civique dans une génération, pour leur permettre d’être utiles aux autres et d’être utiles aussi à eux-mêmes, d’avoir cette fierté de pouvoir être considérés comme un élément de la Nation.

Le patriotisme doit être revendiqué par nous. Il y a un patriotisme à servir son pays de multiples manières. Patriotisme des jeunes à être utiles, patriotisme des fonctionnaires à faire leur service, patriotisme des chercheurs à inventer, patriotisme des entreprises à créer, patriotisme des salariés à être les meilleurs dans leur domaine, patriotisme des agriculteurs à nourrir la population. Oui, chacun doit faire son devoir. Patriotisme aussi au sommet de l’Etat, cela peut servir ! Patriotisme aussi au sommet des directions d’entreprises. Et c’est la raison pour laquelle j’ai considéré qu’au-delà d’un certain montant de rémunération, il était légitime de pouvoir fixer une limite, et que quand cette limite était franchie, de faire revenir par des recettes fiscales ce qui n’aurait pas dû être distribué par des actionnaires.

 

Nous avons besoin de ce patriotisme au moment où nous doutons de nous-mêmes, au moment où nous nous posons la question de savoir ce que sera l’avenir de la France. Il dépendra de nous, de la confiance que nous avons en nous-mêmes, en nos enfants, en la jeunesse, en nos valeurs. C’est nous qui avons la réponse ! Elle ne viendra pas simplement d’une autorité au sommet de l’Etat — ça, c’est ce que nous avons à régler dans les prochains jours… Mais ce sera un mouvement bien plus grand, bien plus vaste. Le changement que je veux pour le pays n’est pas simplement le changement d’un président, c’est le changement du destin d’une Nation, la nôtre, grand pays, pays qui doit montrer l’exemple, qui doit servir de référence, capable de se rassembler, capable aussi de donner du travail à ceux qui en demandent — parce que c’est quand même la première obligation !Or c’est souvent le chômage, la précarité, l’échec scolaire, l’exclusion qui accélèrent les ruptures, qui donnent naissance à des situations d’enclavement, de ségrégation. Depuis cinq ans là encore, dans un certain nombre de quartiers de nos villes, la République a trop souvent battu en retraite, laissant le champ à du communautarisme. Parce que quand l’école n’est pas suffisamment présente, quand les services publics ne sont pas à leur place, quand il n’y a pas les emplois, alors, ce sont d’autres qui organisent une solidarité, mais qui n’est plus la solidarité nationale, qui est la solidarité communautaire, la solidarité familiale, la solidarité clanique.

 

Nous, nous voulons la solidarité nationale, parce que nous savons qu’elle nous garantit l’égalité de droits et de devoirs. C’est la raison pour laquelle j’ai affirmé la nécessité, dans ces quartiers, dans les lieux déshérités, de mettre des emplois d’avenir, des emplois-jeunes — 150 000. Parce que je ne peux pas accepter que dans un certain nombre de nos villes, les jeunes soient au chômage à des niveaux insupportables : 25 % de chômage des jeunes dans tout le pays, 40 % dans les quartiers de certaines de nos banlieues, 60 % en Outremer. Nous sommes là devant un risque, à tout moment, de colère, d’explosion ou pire, de repli, de résignation, de trafics de toutes sortes. Voilà l’enjeu ! C’est aussi la raison pour laquelle j’ai proposé, dans cette campagne, un contrat de génération qui permettrait à l’employeur qui garde un senior le temps qu’il puisse partir à la retraite avec dignité et avec une pension à taux plein, d’embaucher un jeune de moins de 25 ans avec un contrat à durée indéterminée et de ne pas payer de cotisations sociales sur les deux emplois. Parce que nous avons besoin de ce lien, de cette solidarité, de cette confiance, de ce pacte entre les générations.

 

Notre cohésion nationale repose sur le respect du travail.

 

J’entends le candidat sortant nous parler de la valeur travail. Mais où est la valeur travail quand 4 millions de nos concitoyens sont au chômage ? Où est la valeur travail quand il y a 8 millions de pauvres, de précaires, de CDD, d’intérim, de femmes qui sont condamnées à occuper des emplois à temps partiel (80 % du temps partiel, ce sont des femmes) ? Où est la reconnaissance de la valeur travail quand il y a tant de jeunes qui ne peuvent pas accéder même à un stage ? Et quand il y a tant de seniors qui sont écartés du marché et travail – et à qui l’on dit qu’il faudrait attendre l’âge de la retraite, ou à qui l’on promet, maintenant, une nouvelle exonération de cotisations sociales ? Il est bien temps ! C’était même prévu dans la loi sur la réforme des retraites, et cela a été oublié. Tant de choses ont été oubliées pendant ce quinquennat ! Même les lois qu’ils ont fait voter, ils ne les ont pas appliquées !

 

Mais pour le travail, il faut de l’activité économique, de la croissance, de la production ! Ce sera un grand défi, là aussi, des prochaines années. Sommes-nous capables de renforcer notre industrie – d’où l’idée de la banque publique d’investissement ? De soutenir l’effort des PME, l’innovation ? De faire en sorte que notre agriculture soit renforcée à travers des filières d’excellence ? Que les aides qui sont consacrées aux agriculteurs récompensent davantage le travail que, quelque fois, simplement la spéculation ? Parce que la spéculation s’est introduite partout, y compris dans les matières agricoles. La finance, ce n’est pas simplement la spéculation des valeurs boursières. C’est aussi, maintenant, sur les matières premières, sur tout ! Eh bien, moi, je veux qui ce soit la France qui décide, et pas la finance qui impose ses lois !

 

Oui, nous aurons à redonner cette confiance dans l’économie, dans la croissance, dans l’activité, dans la production. Et c’est une des raisons qui m’ont conduit – et j’en prends là encore, devant vous, l’engagement – à renégocier le traité d’austérité qui a été signé, pas encore ratifié, par des chefs d’Etat et de gouvernement qui, bien sûr, doivent avoir des disciplines pour conduire leurs politiques de finances publiques. Mais s’il n’y a que de l’austérité, et s’il n’y a pas de croissance, eh bien il n’y aura ni la réduction des déficits, ni la maîtrise de la dette ! Et il n’y aura pas davantage de croissance et d’emploi. Tout se tient : réduction des déficits, croissance, activité. Et c’est pourquoi je me battrai autant qu’il sera possible. Et je le ferai avec le mandat que vous me donnerez, pour renégocier ce traité européen !

 

L’intégration, c’est une obligation ! Faire que chaque jeune puisse se considérer comme pleinement français. L’assassin, le tueur, était citoyen français. Et il a tué d’autres Français. Comment comprendre ? Rien ne peut justifier. Rien ! Et en même temps, savoir que même un seul, aussi fou soit-il, puisse penser qu’il n’est pas dans le même devoir que le nôtre d’être Français, et qu’il attaque d’autres Français, nous amène à considérer qu’aucune personne, aucun jeune ne doit penser qu’il n’est pas Français s’il a la citoyenneté française. « Français », je l’ai dit, c’est le plus beau mot que l’on puisse mettre avec « citoyen » : citoyen français ! Chacun doit être fier d’être Français, à la condition que la République elle-même ait permis à chacun, à chacune de réussir sa vie et de se sentir pleinement Français, pleinement citoyen ! Voilà le devoir qui doit être le mien si je deviens président de la République.

 

Depuis trois jours, tous mes actes, tous mes gestes, toutes mes paroles ont été guidés par le seul souci qui est le mien : rassembler la communauté nationale. Et je n’emboîterai pas le pas à l’emballement, à la surenchère, à la polémique. Je me tiendrai toujours à distance de ces attaques qui ne me touchent pas, parce que je n’ai qu’un seul objectif : rassembler ! C’est le sens même de ma candidature. Réconcilier les Français, qui ont subi depuis trop d’années trop de divisions, trop de diatribes, trop de discordes !

 

Pour moi, l’autorité suppose l’apaisement. La fermeté appelle l’harmonie. Et la responsabilité exige l’unité. C’est ainsi que je conçois à la fois ma candidature et demain, si les Français m’en donnent mandat, ma responsabilité de chef de l’Etat.

 

Cette idée de la République ne me quitte jamais, et je ne changerai pas de discours. Je ne modifierai pas mon attitude. Le rassemblement, je le voulais hier. Je le veux aujourd’hui. Et je le voudrai encore davantage demain. Je ne me laisserai pas détourner de mon cap, de mon objectif. Parce que j’ai un devoir – envers mon pays, envers vous : rendre possible le changement ! Ouvrir un avenir meilleur ! Retrouver le rêve Français qui a fait notre grandeur ! Bref, changer le destin de notre pays.

 

Le rassemblement, pour ce qui me concerne, ce n’est pas un propos de circonstance. Ce n’est pas un réflexe patriotique. Ce n’est pas un sursaut lié à l’épreuve – par ailleurs nécessaire. Non, le rassemblement, c’est une constance. Pas une circonstance.

 

Rien, je vous le dis ici à Aurillac, rien n’empêchera le changement qui vient ! Rien n’arrêtera le changement : ni les forces de la division, ni celles de la soumission et encore moins celles de la réaction. Le changement, il vient ! Il arrive ! Il est nécessaire ! Il est attendu ! Il est espéré !

 

Ce changement, je dois le porter ! Aucune épreuve, aucune force contraire, aucune polémique, aucune attaque n’empêchera l’avènement de ce changement si vous – vous ! – en décidez. Ce changement, je le porte. Mais ce sont les Français qui vont, par leur vote, dire s’ils le veulent maintenant.

 

Il se détermine le 22 avril, au premier tour, le changement. Il se construit là, pour devenir irréversible le 6 mai !

 

Trois mots m’inspirent, au moment où je parle devant vous. Le premier, c’est la conscience : conscience de mon devoir – d’abord de faire le changement, ensuite de le réussir. Ensuite, c’est la confiance : celle que j’ai dans mon pays et celle que le pays doit porter, aussi, vers ma candidature. Et enfin, le dernier mot, c’est la cohérence : la cohérence de mon projet, 60 propositions que j’ai présentées. Pas besoin d’improvisation ! Pas besoin d’annonces précipitées ! Pas besoin de découvertes soudaines ! Pas besoin, non plus, de promesses inconsidérées ! Pas besoin d’une campagne qui ne serait qu’une suite, là encore, de virevoltes, de circonstances et qui, en définitive, abuserait une nouvelle fois les Français qui doivent regarder les cinq dernières années s’ils veulent savoir ce qu’ils ne veulent plus pour les cinq prochaines !

 

Et donc, fort de cette conscience, de votre confiance et de la cohérence que je porte, je veux aller vers les Français pendant le mois qui nous sépare du premier tour. Nous le ferons avec toute la responsabilité qui doit être la nôtre, toute la retenue en fonction des événements qui se sont produits – et en même temps, avec la ferme détermination de convaincre et de ne pas laisser les enjeux s’obscurcir ou se confondre.

 

L’enjeu, c’est l’avenir de la France !

 

Rien, je vous l’ai dit, rien n’empêchera le changement. Nous avons à construire, à écrire une nouvelle page de notre histoire. Nous l’écrirons ensemble, pour la jeunesse de France ! Pour lui tenir la promesse de la République que nous-mêmes nous avons reçue des générations précédentes. Oui, nous lui ouvrirons, à cette jeunesse de France, un nouveau chemin – qui d’ailleurs sera celui de toute la Nation : le chemin de la justice, le chemin du redressement, le chemin du progrès, de la dignité, de l’espérance ! C’est en faisant revivre le rêve français que l’on fera aimer la France par tous ses enfants.

 

Je veux faire aimer la France par toutes les forces qui l’animent ! Je veux faire aimer la France parce que je veux que la République soit plus grande au lendemain du 6 mai, après notre victoire – cette victoire que nous devons bâtir, que nous devons façonner. Un mois pour y parvenir ! Je vous fais appel : c’est vous, c’est vous ici rassemblés et, au-delà de vous, tous les Français – en tout cas une majorité d’entre eux – qui doivent maintenant décider de leur destin. Il ne reste qu’un mois. Un mois ! Un mois, c’est peu. Un mois, c’est encore beaucoup. Des événements – je l’avais dit – peuvent toujours survenir. Chacun doit être pris pour ce qu’il est, c’est-à-dire un défi qui doit nous rehausser à chaque fois et nous mettre à la hauteur de ce que les Français exigent.

 

Je veux vous faire gagner – non pas vous parce que vous êtes là devant moi –, je veux faire gagner la France et la République !

 

Voilà mon devoir. Voilà ma tâche. Voilà ma mission. Voilà mon objectif. Et voilà pourquoi je suis confiant d’être devant vous, ici, à Aurillac comme candidat à la présidence de la République française !

 

 L'intégralité du discours en vidéo :


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