Jeudi 16 février 2012 4 16 /02 /Fév /2012 15:47

Script complet de son intervention

Jean-Jacques BOURDIN

François HOLLANDE est notre invité ce matin. Bonjour.

François HOLLANDE

Bonjour.

Jean-Jacques BOURDIN

Où serez-vous demain soir à 20H00 ?

François HOLLANDE

Demain soir à 20H00, d’ailleurs j’invite tous ceux qui peuvent s’y rendre, je serai en meeting à Rouen, ma ville de naissance, et je suis donc tout au long de la journée à Rouen, et je ferai donc réunion publique le soir.

Jean-Jacques BOURDIN

Et pendant ce temps-là Nicolas SARKOZY sera sans doute sur TF1 pour annoncer sa candidature. Est-ce que vous en parlerez demain soir ?

François HOLLANDE

Je ne sais pas à quelle heure, donc visiblement c’est à 20H00.

Jean-Jacques BOURDIN

Apparemment. Apparemment.

François HOLLANDE

On peut penser qu’il ne vient pas au journal de 13H00…

Jean-Jacques BOURDIN

Apparemment.

François HOLLANDE

Donc écoutez, je n’ai pas de raison d’en parler puisque mon meeting se tiendra, ça me permet encore d’être plus précis, à 18H30. Mais vous savez c’est un événement, et bien sûr je comprends, une déclaration de candidature ce n’est pas rien, surtout pour un président sortant, mais enfin, ce n’est pas une surprise. Moi je ne me suis pas déterminé par rapport à Nicolas SARKOZY. Vous vous rendez compte, Jean-Jacques BOURDIN, je suis candidat déjà depuis 1 an, 1 an que j’ai présenté moi-même ma candidature aux Français, c’était à Tulle, et c’était dans le cadre, d’abord des primaires citoyennes du Parti socialiste. Ça fait 1 an que je multiplie les rencontres, les propositions. Alors, il peut y avoir un candidat qui a un autre calendrier que moi, et je le comprends parfaitement, qui a utilisé pleinement les moyens de l’Etat, ces dernières semaines, pour lui-même faire campagne, mais ça ne me détourne en rien de mon objectif. Mon seul objectif, ce sont les Français.

Jean-Jacques BOURDIN

Bien. Votre objectif ce sont les Français. Mais, franchement, est-ce que vous attendez avec impatience ce face à face, François HOLLANDE ? Franchement.

François HOLLANDE

Mais d’abord, ce serait prétentieux de dire qu’il y aura un face à face, il y a plusieurs candidats. Qui sait qui seront les candidats au second tour ? Moi je suis humble et modeste. Je demande aux Français de venir voter massivement au premier tour, je souhaite être au plus haut au premier tour, mais je ne sais rien encore de l’ordre d’arrivée, donc je fais en sorte de respecter, et les calendriers, et les autres candidats.

Jean-Jacques BOURDIN

Vous voilà modeste. Je vous sens modeste là. Prudent.

François HOLLANDE

Non, ni modeste, ni prudent, je suis respectueux des Français.

Jean-Jacques BOURDIN

Vous avez entendu ce que dit Nicolas SARKOZY, je le cite : « ça fait des mois qu’il est en campagne » - le « il » c’est vous – « il a fait sa première grande télé, son premier grand meeting, et aucune de ses propositions n’imprime. Il suffit que je fasse une interview dans LE FIGARO MAGAZINE, et tout le monde réagit. »

François HOLLANDE

Là, ça ce n’est pas humble ni modeste, vous en conviendrez, c’est son tempérament. Lui ça fait 5 ans qu’il est président, 5 ans qu’il a donné ce qu’il pouvait offrir aux Français, 5 ans qu’il a réalisé ou pas réalisé ses promesses, donc il sera jugé sur son bilan, sans doute aussi sur son projet, pour ce que j’en sais.

Jean-Jacques BOURDIN

Est-ce qu’il veut esquiver ce bilan selon vous ?

François HOLLANDE

Je crois, parce que s’il était flatteur, aurait-il besoin de se lancer, tête perdue, dans une somme d’annonces dont on ne sait pas d’ailleurs si elles son véridiques ou si elles sont simplement des ballons d’essai. J’entendais encore ce matin la fin du statut de la fonction publique démentie sans l’être vraiment. Ecoutez, franchement, quand il y a un président…

Jean-Jacques BOURDIN

Qu’est-ce que vous répondez d’ailleurs sur la fin du statut de la fonction publique, des fonctionnaires ?

François HOLLANDE

Mais c’est une protection, pas pour les fonctionnaires, c’est une protection pour les Français d’avoir le statut qui donne de la neutralité, de la continuité, des devoirs, parce qu’il y a un recrutement par concours, avec un agent public qui doit respecter les règles du service public, c’est une protection pour les Français, et ce n’est pas au moment où il y a déjà de la précarité qu’il faudrait en mettre davantage. Enfin, je n’ai rien compris à cette proposition, sauf, là encore, à vouloir faire du bruit. Le rôle d’un candidat n’est pas de faire du bruit, ce n’est pas de diviser, ce n’est pas de stigmatiser, ce n’est pas d’opposer, ce n’est pas de désigner un adversaire, un adversaire en plus dans le pays. Moi mes valeurs, comme vous dites, mes valeurs ce sont celles de la République, et si je prépare à être président, c’est pour réunir les Français. J’ai bien compris que tous ne voteront pas pour moi, il y aura sûrement, si je suis élu, 47, 48, 49%, qui n’auront pas voulu de ma candidature, et alors ! Je ne vais pas les montrer du doigt, je ne vais pas les dénoncer. Je considère que le rôle qui sera le mien ça sera de réunir. Parce que, si nous voulons redresser, et je le veux, mon pays, il faudra bien le concours de tous, y compris de ceux qui n’auront pas voté pour moi.

Jean-Jacques BOURDIN

Nous allons entrer dans le concret de vos propositions, revenir sur certaines de vos propositions, mais les valeurs de Nicolas SARKOZY ont été exposées, travail, responsabilité, autorité.

François HOLLANDE

Eh bien prenons-les une après une.

Jean-Jacques BOURDIN

Eh bien oui, le travail.

François HOLLANDE

Le travail. Est-ce que ça a été une valeur respectée pendant les 5 ans, quand il y a 4 millions de personnes qui sont privées d’emploi, de façon totale ou partielle ? Est-ce que c’est une valeur qui a été respectée quand la rente, la spéculation, la finance, ont été à ce point protégées ? Est-ce que c’est une valeur qui a été respectée quand la fiscalité du travail est plus lourde que la fiscalité du capital ? Est-ce que c’est une valeur qui a été respectée quand beaucoup de jeunes ne peuvent pas, alors qu’ils ont fait tout le parcours nécessaire, entrer dans l’emploi ? est-ce que c’est une valeur qui a été respectée quand on a défiscalisé les heures supplémentaires – ce qui pourrait laisser penser que le travail est mieux rémunéré – alors que tant d’autres veulent travailler tout simplement ?

Jean-Jacques BOURDIN

Vous les refiscalisez ces heures supplémentaires.

François HOLLANDE

On remettra bon ordre, c'est-à-dire il est normal qu’il y ait des heures supplémentaires, c’est bien qu’elles soient majorées, c’est bien que ceux qui travaillent plus longtemps puissent gagner davantage, mais est-il besoin pour ça d’exonérer le patronat de toute cotisation sociale, ce qui fait que finalement ceux qui veulent rentrer dans l’emploi n’y parviennent pas, que les jeunes en soient dissuadés. Voilà pourquoi je ferai en sorte de réhabiliter le travail.

Jean-Jacques BOURDIN

La responsabilité.

François HOLLANDE

La responsabilité ça commence au plus haut sommet de l’Etat, quand celui qui a pris des engagements et ne les a pas respectés, il doit venir devant le pays s’en expliquer, c’est ça le principe de responsabilité.

Jean-Jacques BOURDIN

C’est ce qu’il va faire. C’est ce que va faire le président de la République.

François HOLLANDE

Ce n’est pas ce que j’ai entendu…

Jean-Jacques BOURDIN

Le candidat Nicolas SARKOZY.

François HOLLANDE

Je n’ai pas entendu une espèce de autopromotion, enfin la promotion, plutôt, de lui-même, mais pas une auto-désignation de ses erreurs et de ses fautes.

Jean-Jacques BOURDIN

Et l’autorité.

François HOLLANDE

L’autorité cela suppose, là encore, de respecter les pouvoirs. Est-ce que c’est une autorité qui décide de tout, sur tout, partout, pour tous ? L’autorité c’est être capable de soi-même être respecté. Est-ce que vous pensez que, aujourd’hui, le candidat sortant est respecté ? S’il l’était, eh bien son élection…

Jean-Jacques BOURDIN

Il n’est pas respecté par les Français ?

François HOLLANDE

S’il l’était pas les Français, s’il l’était pleinement…

Jean-Jacques BOURDIN

Pourquoi n’est-il pas respecté, à vos yeux ?

François HOLLANDE

Parce que sans doute y a-t-il eu des promesses qui n’ont pas été tenues.

Jean-Jacques BOURDIN

Pourquoi ? Il a menti aux Français, il a trompé les Français, pourquoi ?

François HOLLANDE

Je ne sais pas s’il leur a menti, parce qu’il y a toujours une part de sincérité. Je ne sais pas s’il les a trompés, je ne crois pas qu’il l’ait fait exprès, mais il se trouve qu’il a fait une campagne en 2007, qu’il a ensuite été président pendant 5 ans, il a tenu des propos durant ce mandat. S’il était, finalement, sûr de son fait, d’abord il ne se précipiterait pas à être candidat dès à présent, il avait dit que ce serait plus tard, et deuxièmement, s’il était sûr de son fait, il défendrait son bilan, il se montrerait confiant dans sa réélection. Je ne crois pas que ce soit le cas. Mais moi je ne veux pas passer mon temps sur…

Jean-Jacques BOURDIN

Oui, à parler de Nicolas SARKOZY, mais je voudrais…

François HOLLANDE

Sur Nicolas SARKOZY, je veux…

Jean-Jacques BOURDIN

Que vous nous parliez de vos valeurs.

François HOLLANDE

Oui.

Jean-Jacques BOURDIN

Justement, vous allez en parler, je crois demain soir à Rouen et dans un livre qui va sortir le 23, « République et Nation », quelles sont ces valeurs que vous défendez ?

François HOLLANDE

Mes valeurs sont celles de la République, la liberté, qui doit être jusqu’au point de menacer celle des autres.

Jean-Jacques BOURDIN

Quelles sont les valeurs que vous allez avancer tout au long de cette campagne ?

François HOLLANDE

La considération, le respect, j’ai beaucoup insisté là-dessus, la considération. Beaucoup de Français sont prêts à faire des efforts, mais ils veulent que nous puissions regarder leur situation avec une attention particulière. Chacun peut être un atout pour la France. La justice, ça c’est une grande valeur…

Jean-Jacques BOURDIN

Mais les Français ne sont-ils pas trop assistés ? François HOLLANDE.

François HOLLANDE

Mais demandez à ceux qui sont chômeurs, ceux qui cherchent un emploi, s’ils sont des assistés. Demandez à ces jeunes, qui sont précaires, s’ils sont des assistés. Demandez à ces personnes âgées, qui ont une petite retraite, si elles sont des assistées. Demandez à ceux et à celles qui peinent à accéder aux soins, si ce sont des assistés. Donc, ayons là aussi de la considération. Il y a des règles sociales dans notre pays. J’ai insisté sur la justice, la justice, moi je pense que l’effort est nécessaire, je pense d’ailleurs que c’est normal que ceux qui travaillent, que ceux qui ont du talent, que ceux qui font des efforts particuliers doivent être récompensés, mais que ça se fasse dans la justice aussi. On ne peut pas demander toujours aux mêmes, regardez là, cette histoire de TVA, on va demander aux Français de payer un impôt de plus, alors que…

Jean-Jacques BOURDIN

Justement, vous confirmez que vous revenez sur la TVA sociale, si vous êtes élu.

François HOLLANDE

Mais bien sûr, parce que c’est un impot injuste, et en plus il n’aura aucun effet sur le plan économique puisque le rapporteur général du Budget, qui est UMP, qui est un homme tout à fait, là encore, sérieux, dit que cette mesure ne va avoir aucun effet, ou presque, sur l’industrie, mais va être diffusée à toutes les entreprises sans aucune contrepartie, la baisse des cotisations familiales. Donc, pourquoi aller faire payer un impot aux Français, une TVA, qui va déprimer la consommation, sans impact sur l’économie ?

Jean-Jacques BOURDIN

Est-ce que vous pensez qu’une partie l’UMP n’est pas favorable à cette TVA sociale, ce qui expliquerait ce qui s’est passé à l’Assemblée nationale ?

François HOLLANDE

Mais enfin ils n’ont pas l’air d’être enthousiastes. S’ils étaient tout à fait confiants dans la mesure, tout à fait convaincus, ils seraient venus en masse voter, et en commission, et bientôt à l’Assemblée. Je n’ai pas l’impression qu’ils soient eux-mêmes persuadés.

Jean-Jacques BOURDIN

C’est une manœuvre du PS, dit l’UMP.

François HOLLANDE

Enfin, il n’y a aucune manœuvre, on a tous connu, à des moments différents de la vie parlementaire, ce type d’incident. Mais quand même, à la fin d’un mandat, vous n’inventez pas une procédure pour changer le mode de financement de la protection sociale, ça, ça peut se défendre dans une campagne présidentielle, et moi-même j’ai dit qu’il ne fallait pas fiscaliser toujours le travail, notamment pour financer la protection sociale, mais prendre en compte le capital et aussi les facteurs de pollution. Il n’est pas normal qu’une entreprise qui se comporte mal par rapport à la nature, ne paye aucun impot, quand une autre qui va être respectueuse, en paye peut-être un parce qu’elle a des salariés nombreux dans son entreprise.

Jean-Jacques BOURDIN

Alors, sur vos valeurs, trois mots, trois valeurs que vous allez défendre.

François HOLLANDE

Justice, efforts, parce qu’il en faut, et dignité, dignité. Parce qu’il n’y a rien…

Jean-Jacques BOURDIN

Justice, efforts, dignité.

François HOLLANDE

Il n’y a rien de plus beau pour un individu d’être en confiance par rapport à lui-même et par rapport à son pays.

Jean-Jacques BOURDIN

L’agence de notation MOODY’S qui menace de dégrader la France, est-ce que la France risque prochainement de ressembler à la Grèce ?

François HOLLANDE

Non. Soyons sérieux. Nous ne sommes pas dans cette situation, et ceux qui font cette comparaison le font pour affoler les Français. Il y a une situation extrêmement grave, tragique même en Grèce, vous vous rendez compte, ça fait deux ans, deux ans, que les dirigeants européens prétendent qu’ils vont sauver la Grèce en lui imposant des plans de rigueur de plus en plus difficiles.

Jean-Jacques BOURDIN

Est-ce que la Grèce doit sortir de l’euro, là, maintenant ?

François HOLLANDE

Je ne le crois pas.

Jean-Jacques BOURDIN

Non, vous dites non ?

François HOLLANDE

Non, et ce ne serait d’ailleurs pas lui rendre service. Et ce qu’il faut faire, c’est quand même régler définitivement…

Jean-Jacques BOURDIN

Vous feriez quoi, vous, vous êtes président de la République, vous faites quoi avec la Grèce ?

François HOLLANDE

Mais ce qu’il faut faire, c’est régler définitivement son problème de dettes publiques, bon, les dettes privées vont être amputées de moitié…

Jean-Jacques BOURDIN

Donc on annule la dette ?

François HOLLANDE

Non, on ne peut pas l’annuler complètement, mais on substitue à la dette grecque, à une partie de la dette grecque, une dette européenne, c’est ce que j’avais proposé dès le départ avec ce qu’on appelle les Eurobonds, qu’est-ce qu’on a fait…

Jean-Jacques BOURDIN

Les Allemands n’en veulent pas…

François HOLLANDE

Mais les Allemands n’en veulent pas, donc qu’est-ce qui se passe, puisque les Allemands n’en veulent pas…

Jean-Jacques BOURDIN

C’est madame MERKEL qui dirige l’Europe…

François HOLLANDE

Madame MERKEL a donc décidé que les Grecs devraient subir quoi, c’est une question qui, là, peut interpeller chacun d’entre nous, d’abord, parce que ce sont des populations qui souffrent, mais aussi, c’est la démocratie qui est en cause. Qu’est-ce que ça veut dire, il va y avoir des élections en Grèce, les deux partis principaux de la Grèce se sont alignés sur le plan qui a été voté, quelle va être la marge de manœuvre du peuple grec, le seul parti qui est sorti de la coalition, c’est le parti de l’extrême droite, vous voyez le risque. Donc il y a aussi pour les Européens une dimension de démocratie. Et pourquoi je propose que la croissance soit une dimension de l’accord européen, qui a été signé à la fin du mois de décembre, parce que s’il n’y a pas de croissance, parce que ça vaut pour la Grèce, ça vaut pour toute l’Europe, s’il n’y a pas de croissance, nous ne réduirons pas suffisamment nos déficits, et donc nous aurons toujours le problème de la dette. Moi, je suis pour qu’il y ait des mesures fortes, je l’ai dit, sur le plan fiscal, sur le plan aussi budgétaire, pour que nous maîtrisions notre dette et nos déficits, mais je veux la croissance, et je me battrai, je me battrai dans cette campagne, pour que ce thème y figure, mais surtout, si les Français m’en donnent la responsabilité, je me battrai au plan européen pour qu’il y ait de la croissance.

Jean-Jacques BOURDIN

Oui, Barack OBAMA tourne le dos à la rigueur, on l’a vu, François HOLLANDE, vous, vous augmentez quelque part les dépenses publiques…

François HOLLANDE

Non…

Jean-Jacques BOURDIN

Non ? Vous n’augmentez pas les dépenses publiques ?

François HOLLANDE

Non, je stabilise les dépenses publiques, je vais même les réduire sur la durée de mon quinquennat si les Français m’en donnent mandat…

Jean-Jacques BOURDIN

Mais vos hypothèses de croissance sont assez optimistes, non ?

François HOLLANDE

Ce sont exactement les mêmes que celles du gouvernement, celles qu’il a présentées devant…

Jean-Jacques BOURDIN

Oui, mais enfin, ce n’est pas une raison ça !

François HOLLANDE

Non, mais enfin, c’est celles qu’il a présentées devant les autorités européennes, je ne vais pas être plus pessimiste que le gouvernement lui-même, mais si j’étais dans la situation où la croissance serait plus faible, je serais bien obligé de m’y conformer, mais c’est là que je reviens à l’enjeu, s’il n’y a pas un plan de relance, pas en France, au plan européen, s’il n’y a pas un plan de relance au plan européen, nous ne parviendrons pas à diminuer nos déficits…

Jean-Jacques BOURDIN

Donc la rigueur est insuffisante…

François HOLLANDE

Et à maîtriser notre dette. Ce n’est pas… on peut imposer des plans de rigueur de plus en plus sévères, regardez les Grecs, c’est le quatrième ou le cinquième qu’ils subissent, et avec quels résultats ? Ils ont toujours un niveau de déficits supérieur à celui qui était prévu. Donc il ne doit y avoir de réduction des déficits que s’il y a, à la fois, une sincérité dans les engagements, j’y suis prêt, et s’il y a une mobilisation pour la croissance.

Jean-Jacques BOURDIN

Question précise : vous êtes élu président de la République, est-ce que vous augmentez le Smic ?

François HOLLANDE

Ce n’est pas comme ça que la question se pose, parce que j’aurai une responsabilité éminente qui sera de convoquer les partenaires sociaux dès le lendemain de l’élection, en leur disant : voilà…

Jean-Jacques BOURDIN

Est-ce que vous mettez l’augmentation du Smic sur la table ?

François HOLLANDE

En leur disant, mais il n’y a pas que le Smic, il y a les salaires, puisque, il n’y a pas que les Français payés au Smic, et heureusement…

Jean-Jacques BOURDIN

Oui, oui, non, non, mais, oui, oui, le Smic et tous les salaires légèrement au-dessus notamment…

François HOLLANDE

Donc nous aurons à organiser le quinquennat sur le plan social, qu’est-ce que nous faisons ensemble, comment nous redressons le pays, comment nous améliorons la compétitivité, quelles réformes nous engageons, quelle répartition des profits là où il y en a, là où il y en a, et il y en a, nous décidons d’organiser. Donc voilà, il y aura cette conférence sociale, après, la question du Smic découlera de cette discussion. Il y aura la question du coup de pouce, faut-il un coup de pouce ? Je ferais sûrement, là, une analyse de la situation par rapport à ce qu’est l’inflation…

Jean-Jacques BOURDIN

Un petit coup de pouce…

François HOLLANDE

Et à ce qu’est la croissance. Moi, j’ai une règle simple, chaque fois que la croissance augmente, le Smic doit augmenter.

Jean-Jacques BOURDIN

Si vous êtes élu président de la République, est-ce que vous aurez recours au référendum, François HOLLANDE ?

François HOLLANDE

Il y a deux sujets qui justifient le référendum, à mes yeux, les deux seuls…

Jean-Jacques BOURDIN

C’est-à-dire que vous pourriez organiser deux référendums ?

François HOLLANDE

Il y a deux sujets…

Jean-Jacques BOURDIN

Sur quels sujets ?

François HOLLANDE

Il y a deux sujets…

Jean-Jacques BOURDIN

Allez-y…

François HOLLANDE

Qui sont d’ailleurs dans la tradition de la 5ème République, lorsqu’on change le pacte institutionnel, c’est-à-dire des éléments très importants de la Constitution, prenons un exemple, lorsque le Général De GAULLE décide que le président de la République sera élu au suffrage universel, bien sûr qu’il faut consulter le peuple, c’est un élément très important du contrat républicain. Chaque fois donc qu’il y a un changement de nos institutions majeur, le peuple doit être consulté. Le deuxième sujet, c’est quand il y a des transferts de souveraineté très importants. Un exemple, c’est lorsque François MITTERRAND décide de faire une consultation sur l’euro, le passage à l’euro, c’est le traité de Maastricht, ça peut être aussi le traité constitutionnel, comme il a été présenté au peuple en 2005. Mais je ne suis pas favorable, et je vous le dis tout net, à votre antenne, je ne suis pas favorable à ce que, on puisse, sur des sujets qui relèvent du Parlement, qui relèvent de débats, qui doivent être maîtrisés, que l’on aille consulter le peuple dans n’importe quelles conditions, imaginez, François MITTERRAND en 1981 prend la position que l’on sait sur l’abolition de la peine de mort et dise : mais, puisque je veux satisfaire à un certain nombre qui ne sont pas forcément sur ma position, je vais aller consulter le peuple, vous vous rendez compte, je ne sais pas quelle aurait été la réponse des Français. Mais est-ce qu’on peut diviser les Français ? Et là, j’ai trouvé que dans les propositions référendaires, il n’y avait pas un objectif de rassemblement, il y avait un objectif de division. Eh bien, moi, je vais vous donner ma conception de la présidence de la République, c’est la réconciliation, c’est le rassemblement, c’est la réunion, bien sûr qu’il y a des sujets qui divisent, eh bien, ils seront traités au niveau du Parlement.

Jean-Jacques BOURDIN

Mais vous utiliserez le référendum si vous êtes élu président de la République ?

François HOLLANDE

Je vous l’ai dit, dans les deux domaines, s’il y a un changement…

Jean-Jacques BOURDIN

C’est-à-dire que par exemple, une dose de proportionnelle…

François HOLLANDE

Non, s’il y a une dose de proportionnelle, je considère qu’il n’y a pas besoin de consulter le peuple. Si je voulais…

Jean-Jacques BOURDIN

Pas besoin de référendum. Sur deux, mais vous avez déjà imaginé utiliser le référendum ?

François HOLLANDE

Mais ça peut se poser…

Jean-Jacques BOURDIN

Franchement ?

François HOLLANDE

Pour l’instant, je ne l’ai pas intégré, mais ça peut se poser, s’il y avait au plan européen une discussion qui justifiait un transfert de souveraineté, les Français auraient le droit, et même, me diraient : j’ai, j’aurais le devoir de les consulter.

Jean-Jacques BOURDIN

J’ai deux questions encore, première question sur la sécurité, est-ce que vous supprimez les peines plancher pour les récidivistes ?

François HOLLANDE

C’était une mauvaise réforme…

Jean-Jacques BOURDIN

Vous supprimez les peines plancher pour les récidivistes ?

François HOLLANDE

C’était une mauvaise réforme, pourquoi, parce que la justice, je lui fais confiance, les magistrats, ce sont des personnes habilitées à rendre la justice au nom du peuple français. Et donc il est tout à fait important d’individualiser la peine, parfois, pour la rendre même plus sévère,  mais je ne suis pas pour des mesures automatiques…

Jean-Jacques BOURDIN

Donc vous supprimez ?

François HOLLANDE

J’ai confiance dans la magistrature. Et ce que je ferai…

Jean-Jacques BOURDIN

Donc vous supprimez !

François HOLLANDE

Oui, et ce que je ferai, c’est que je renforcerai les moyens de la justice, parce que le problème de la récidive, parce que vous évoquez ce sujet, qui est très important pour nos concitoyens, qui apprennent qu’il y a une personne qui est sortie de prison et qui n’a pas été suivie et qui récidive, eh bien, je ferai en sorte que les moyens de suivi des personnes les plus dangereuses, qui ont été condamnées, et qui sont à la fin de leur peine, que ces mesures de suivi soient effectives, aujourd’hui, il n’y a pas de moyens dans la justice pour faire en sorte que la récidive ne se reproduise pas.

Jean-Jacques BOURDIN

Dernière question, « Engagez-vous » : vous êtes élu président de la République, Israël bombarde l’Iran, est-ce que vous approuvez ?

François HOLLANDE

Non, je considère que l’Iran est une menace, que l’Iran, dans la mesure où elle cherche à avoir à disposer de l’arme atomique à des fins militaires, l’Iran doit être sous pression, elle l’est, elle doit l’être encore davantage, des sanctions ont été prononcées…

Jean-Jacques BOURDIN

Mais pas de bombardements, pas d’actes militaires ?

François HOLLANDE

Je pense qu’on ne peut jamais aller vers cette solution unilatérale, s’il doit y avoir une solution, vous savez ma position, c’est dans le cadre des Nations Unies.

Jean-Jacques BOURDIN

Merci François HOLLANDE d’être venu nous voir ce matin

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